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Tu ne jugeras pas !

Document sans titre Par Yves-Alexandre Thalmann, www.yathalmann.ch

Les jugements que nous émettons sur les autres nuisent à la qualité des relations. Les jugements que nous émettons sur nous-mêmes nous freinent dans notre évolution. Dès lors, comment faire pour juger moins ?

Juger autrui consiste à lui accoler des étiquettes (par exemple paresseux, froid, maladroit), qui se réfèrent le plus souvent à un système de valeurs. C’est donc une façon de réduire sa richesse à une seule caractéristique, de l’enfermer dans un moule d’où il est parfois difficile de s’échapper. Mais personne n’aime se faire ainsi cataloguer. D’où des réactions de défense « non, ce n’est pas vrai, tu n’as pas le droit de dire ça » ou de contre-attaque « non, mais tu t’es regardé ? Tu te crois meilleur ? ». Parfois aussi de soumission, le poing dans la poche. Dans tous ces cas, la relation prend la tournure d’un rapport de force, voire d’une lutte pour avoir le dessus. Les jugements ont par conséquent toutes les chances de dégrader la relation.

Qu’en est-il des jugements que nous émettons sur nous-mêmes : « je suis nul », « je ne suis pas bricoleur », « je suis timide » ? Le problème de ces étiquettes, c’est qu’elles ne tiennent pas compte de l’évolution de la personne. Etre timide, c’est une caractéristique stable, inaltérable. Or, nous changeons, même imperceptiblement, avec le temps. Ainsi, les étiquettes nous piègent dans une version déterminée de nous-mêmes, qui résiste aux changements.

De plus, ces étiquettes ont tôt fait de devenir des alibis. Si je me qualifie de timide, je n’ai plus besoin de faire des efforts pour aller vers les autres. Je me complais en quelque sorte dans cet état. De même, si je me définis comme maladroit, je considère comme normal de me cogner aux objets ou de les abîmer. Cette étiquette m’autorise à relâcher mon attention : « tu me connais, tu sais comme je suis maladroit ». Ce qui permet à la prophétie de se réaliser.

Et les jugements positifs ? Ils piègent tout autant ceux qui y adhèrent. La bonne mère s’épuisera dans l’attention qu’elle croit devoir donner à ses enfants, quitte à détériorer sa propre santé. Le bon élève risque d’associer sa valeur personnelle aux seuls bons résultats scolaires, quitte à s’épuiser et perdre tout plaisir à apprendre. Le bon médecin ne se pardonnera pas la moindre défaillance et sacrifiera peut-être sa vie familiale pour être à la hauteur des attentes de ses patients.

La pratique du non-jugement permet de diminuer les effets fâcheux, sur soi comme sur les autres. Une piste pour y parvenir consiste à ne pas utiliser des étiquettes pour se décrire, mais plutôt à décrire ce que l’on fait et ce que l’on ressent. Non pas « je suis incapable », mais « je suis déçu de na pas avoir atteint l’objectif » ; non pas « je suis trop nul », mais « je suis triste de ne pas avoir pu aider mon ami » ; non pas « je suis maladroit », mais « aujourd’hui, j’ai renversé à deux reprises mon verre sur la table ».

Quant aux autres, on s’efforcera de décrire le plus objectivement possible leurs actions : « tu n’as pas vidé le lave-vaisselle » à la place de « tu n’es qu’un paresseux, on ne peux pas compter sur toi » ; « tu roules à 130 km/h sur une route limitée à 90 » plutôt que « Tu roules comme un cinglé ! » ; « vous n’avez atteint que cinq objectifs sur les huit » plutôt que « vous n’êtes pas motivé ».

Pour en savoir plus sur le non-jugement : Le non-jugement, de la théorie à la pratique, Editions Jouvence.

Yves-Alexandre Thalmann est docteur en sciences, psychologue diplômé et formateur. Il s’applique à analyser les phénomènes psychologiques et relationnels qui nuisent au bien-être, et à proposer dans un langage simple et accessible des moyens pour y remédier. Il est l’auteur d’une douzaine d’ouvrages, sur les sentiments de culpabilité, le non-jugement, la communication, le couple et la sexualité. www.yathalmann.ch

 

 

 
       

 

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